09/06/2009

Aprilia 850 Mana abs: bonne à tout faire, et plus si entente

Aprilia vient d’adopter un nouvel importateur en Suisse. L’occasion rêvée pour évoquer l’un des modèles les plus innovants de la marque. Mais non, pas la nouvelle (et magnifique) RSV4 ! Déjà élue sportive de l’année, la copie carbonne de la nouvelle bombe de Noale en Superbike reste une hypersport extrême, bien plus à l’aise à Misano qu’au milieu de la circulation lausannoise.

Il s’agit de l’Aprilia Mana 850, sortie en 2008. Fibag n’importe pas encore le modèle GT semi-caréné, mais place déjà à l’ABS pour cette saison. Il suffit de la détailler pour remarquer l’originalité de cette machine. Absence d’embrayage, d’abord, puisque la Mana utilise une toute nouvelle boîte robotisée et ses deux modes sélectionnables sur simple pression prolongée du bouton dédié sur le commodo gauche (qui peut même être actionné moteur allumé). On le sait, le motard aime se sentir «piloter», et se montre au départ plutôt réticent à toute aide à la conduite. Mais la généralisation actuelle de l’abs, y compris sur des supersport comme le montrent les nouvelles Honda CBR-RR, montre que lorsqu’un système se montre à la fois performant et utile, il finit par s’imposer.

Et bien gageons que la Mana (et la Yamaha FJR, elle aussi proposée avec une boîte robotisée en option) ne restera pas une vaine tentative. Parce que passé la première appréhension, impossible de ne pas reconnaître l’intérêt de ce système. Evidents entre deux feux rouges, lors des départs endormis du petit matin ou dans les bouchons, ses avantages se laissent également apprécier pour la balade tranquille et les virées touristiques. En mode arsouille, pour des raisons plus psychologiques qu’objectives, certains préféreront sans doute passer en mode semi automatique : plus d’embrayage, mais sept rapports qui se passent grâce à une double gâchetteMana-still-life-03.jpg au guidon ou, plus traditionnellement, à la pédale gauche. Cette seconde option aura rapidement notre préférence. Il faut à peine quelques dizaines de kilomètres pour oublier l’absence du levier gauche, et profiter pleinement de l’équivalent d’un shifter placé à grands frais sur beaucoup de machines de compétition. Des leds au tableau de bord indiquent le régime idéal pour monter ou descendre au rapport. Et en cas d’oubli, pas de souci, le système rétrograde à votre place.

La partie cycle de la Mana ne prête guère plus le flanc à la critique. Malgré ses airs d’utilitaire high tech, l’italienne permet de rouler à (très) bon rythme. La stabilité n’est jamais prise en défaut et même si l’on ne dispose pas de l’hyper agilité et précision des sportives les plus affûtées, l’Aprilia offre un joli mélange de plaisir et de sécurité, bien secondée par un ABS au fonctionnement exemplaire. En Angleterre, le test sur circuit d’un webzine a d’ailleurs démontré que la Mana collait aux roues du pourtant plus sportif 750 Shiver. Le moulin n’offre naturellement pas la sensation de puissance de certaines survitaminées actuelles, mais là n’est pas son propos. Et malgré cette relative modestie (76 cv pour un poids à sec de 203 kilos), son architecture offre ce petit plus de caractère qui donne le sourire au lèvres.

Equilibrée et bien pensée. Deux qualificatifs qui lui vont à merveille. La 850 Mana ABS a été pensée pour le motard lambda, qui n’ira jamais claquer un chrono et qui n’a pas besoin d’une GT xxl pour faire le tour du monde. Mais prend plaisir à enfourcher sa monture pour se rendre au travail, et en éprouvera tout autant lors du tour dominicale ou de la semaine de vacances avec armes et bagages, voire passagère ici très correctement traitée (bref, la plupart d’entre nous !). Une variété d’usage pour lesquels l’imposant et très pratique coffre à la place du réservoir (d'une contenance de 16 litres, celui-ci se trouve sous la selle arrière comme chez la BMW Scarver), les multiples fonctions du tableau de bord (dont un décompte du nombre de kilomètres parcourus depuis le passage en réserve), les différents modes d’injection (Sport, Rain ou Tourisme) et une boîte robotisée aux deux modes réellement fonctionnels apporteront de précieux atouts. Des innovations par ailleurs remarquablement dissimulées, l'oeil de l'observateur remarquant surtout le package habituel du roadster italien (freins à pinces radiales, fourche inversée, cadre treillis, etc.).

Des critiques ? La perfection n’étant pas encore tout à fait de ce monde, on déplorera l’étange absence de béquille centrale sur une machine de ce genre, voire celle d’un cardan à la place de la chaîne (mais cela eût fait grimper les prix), et l’on restera partagé par la plastique de la partie arrière, rendue massive par la présence du réservoir. Et puis peut-être regrettera-t-on de ne pouvoir encore disposer de la version GT et de son demi carénage (elle n’arrivera qu’après la fin de saison chez nous) en adéquation avec le positionnement de cette moto.

Bref, des broutilles en comparaison avec de nombreux atouts. Un hebdomadaire spécialisé français ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Opposant la Mana à la Kawasaki Z750, la plus vendue sur le marché hexagonal, il a conclu à la superiorité de la transalpine dans quasiment tous les comportements du jeu. Sauf peut-être le subjectif sex appeal, mais là chacun sera juge. Pour notre part, en matière de subjectivité, on terminera simplement en signalant la joie mélodie s'échappant du pot d'origine. Décidément, ils ont pensé à tout chez Aprilia.

Pierre Léderrey

 

Modèle essayé: Aprilia 850 Mana abs, 15'910 Frs. Coloris dispo en Suisse: noir

 

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