08/09/2009

Bastien Chesaux: «Ici, j’apprends à m’en prendre plein la gueule»

«24 heures» a passé un week-end dans la roue du pilote de Belmont-sur-Lausanne qui, à 17 ans, dispute sa première saison complète en Championnat du monde.175_7562.JPG



Sylvain Müller, de retour de Misano Adriatico | 08.09.2009 | 00:01Bastien3.JPG

«Attenzione!» Juché sur un scooter, Valentino Rossi surgit d’entre deux semi-remorques et s’échappe à travers le paddock du GP de Saint-Marin. La star du Championnat du monde de vitesse est hilare et s’amuse du bon tour qu’elle vient de jouer à ses fans, qui le guettaient quelques dizaines de mètres plus loin. Assis dans son stand, Bastien Chesaux n’a même pas prêté attention à la scène. Le Vaudois est un pilote de Grand Prix, au même titre que «Vale», mais ne vit pas dans le même monde.

Bastien_1.JPG«Ici, j’apprends à m’en prendre plein la gueule. Ça forge le caractère», sourit humblement le jeune homme de 17 ans, qui dispute cette année sa première saison complète en Championnat du monde. Après huit courses disputées l’an passé au guidon d’une 125 cm3, il dispose cette année d’une Honda RS 250 aux couleurs du Racing Team Germany. Mais la machine n’est pas à la hauteur de ses attentes: «On rend 15 km/h sur la ligne droite par rapport aux meilleures. C’est frustrant d’essayer de s’améliorer, en sachant que la moto ne suivra pas.»

Mais dès qu’il se retrouve sur la grille de départ, Bastien ne tergiverse plus. «Quand le feu rouge s’éteint, ton classement n’a plus d’importance, tu dois juste tout donner.» Tout donner, c’est encore ce qu’il a fait dimanche; mais sans réussite, puisqu’il est tombé au 4e tour. «Je suis superbien parti, j’avais gagné quelques places et j’étais dans la roue de Tom Lüthi. Mais comme je perdais du terrain dans chaque ligne droite, je forçais en virage pour essayer de rester au contact et j’ai fini par perdre l’arrière.» La culbute dans le bac à graviers se termine heureusement sans bobo. «Au moins, j’aurais essayé, sourit le pilote. Je préfère tomber en luttant pour m’accrocher, que de laisser partir les autres sans rien faire.»

Sa course n’aura donc duré qu’un peu plus de cinq minutes. Une durée bien courte par rapport aux efforts consentis. Car la vie de pilote de Grand Prix est bien éloignée de l’image qu’en offrent les quelques stars de la discipline. Pour Bastien, le week-end a débuté mercredi matin devant son domicile de Belmont-sur-Lausanne, lorsqu’il est monté à bord du camping-car que conduit son manager Sylvain Richard. Dès l’arrivée sur le circuit, son quotidien est réglé à la minute près. «Le réveil sonne tous les jours à 7 heures et je commence la journée par un tour de piste en footing. Le jeudi est consacré aux préparatifs du matériel et à la reconnaissance de la piste à pied et en scooter.» Souffrant d’une épaule encore endolorie par une chute à Indianapolis, Bastien passera aussi plusieurs fois à la clinique mobile du Dr Costa, où pour une fois il aura droit aux mêmes soins et conseils que les stars.

Un virage à 240 km/h
Le vendredi est consacré aux essais libres. Bastien met un point d’honneur à être parmi les premiers en piste: «J’ai tellement de choses à apprendre que je ne veux pas perdre de temps. Le but est de rouler le plus possible avec les autres, pour voler un maximum d’informations avec les yeux.» A Misano, seuls les meilleurs gardent les gaz ouverts en grand à la Variante Rettilineo. «C’est le virage le plus rapide de la saison, que l’on passe à près de 240 km/h. En plus, c’est bosselé. Mais quand tu vois les autres passer 10 km/h plus vite que toi, tu sais que tu n’as qu’à bien tenir la moto et à tourner la poignée dans le bons sens.»Bastien_2.JPG

Après deux séances d’essais libres, les qualifications ont lieu le samedi après-midi. Bastien terminera 21e, laissant quatre pilotes derrière lui. «Sur les six secondes qui me séparent des meilleurs, trois dépendent de moi et trois de la moto. Je suis content d’avoir progressé, même si mon but n’est évidemment pas de me battre pour une 18e place. Ici, tu dois apprendre «en vitesse réelle, fois cinq». Et ce n’est pas comme à l’école ou tu peux redoubler: si tu n’es pas bon, tu rentres chez toi.»

Dimanche, Valentino Rossi a triomphé devant des dizaines de milliers de tifosi en délire. La chute de Bastien n’est même pas passée à la télé. «Ici, j’apprends à m’en prendre plein la gueule», qu’il disait.

10:00 Publié dans Sports | Tags : chesaux | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.